Interview Benoit Vraie

En quoi la crise de Cuba est caractéristique des situations de crise ?

L’étude de la crise des missiles de Cuba est l’archétype des situations de crises. En effet, cet évènement présente l’ensemble des critères de la situation de crise.

- la survenue soudaine d’un événement grave provoquant une rupture nette et brutale dans le cours des événements ; (Kennedy n’était pas informé de la présence de rampes de lancement de missiles sur l’ile de Cuba. Il est surpris d’en apprendre l’existence)

- la perspective de déboucher sur plusieurs éventualités (soit perdre la face, soit entrer dans le conflit armé) ;

- l’importance des enjeux (ici la Troisième Guerre Mondiale.) ;

- le poids de l’urgence (limitation du temps assigné pour résoudre la crise car les cargos Soviétiques se dirigent sur Cuba) ;

- une situation gravement dégradée, (Il existe des tensions marquées entre Cuba et les USA suite au débarquement manqué de la Baie des Cochons l’année précédente)

 

Ces critères se retrouvent-ils dans les situations de crise que vous avez gérées ?

Oui, absolument. Ces critères sont communs à l’ensemble des crises. Les crises qui sont souvent présentées comme des évènements uniques et particuliers recèlent un ensemble de critères communs qui doivent être le terreau des politiques de préparation, de la constitution du corpus documentaire et des logiques d’entrainement des collaborateurs.

 

Quel est l'apport des leçons tirées de la gestion de la crise de CUBA ?

La principale leçon tirée de la gestion de la crise de CUBA est qu’il convient de se préparer et s’entrainer à la gestion de crise. En d’autres termes, cela revient à « préparer la guerre en temps de paix », c'est-à-dire apporter des réponses à des questions en amont de l’évènement, pour s’affranchir des aléas de l’improvisation et de la contrainte des temps de réponses, lorsque la crise surviendra réellement. De ce fait, la finalité ultime de mise en place de solutions de management de crise est la mise en ordre a priori (avant même la réalisation de la crise) de tous les éléments « intelligibles » du réel afin de ne laisser à la « surprise » et l’incertitude que la portion congrue.

 

Quel est le niveau français en matière de gestion de crise ?

 Il est, disons, hétérogène et c’est de là que vient le problème. Nous nous trouvons face à des organisations qui présentent des niveaux de maturité et de préparation très hétérogènes mais qui devront pourtant gérer les crises de concert demain. En d’autres termes, il est nécessaire de garder à l’esprit l’image de la chaine qui casse par son maillon le plus faible. Aujourd’hui les crises doivent être gérées par un ensemble d’organisations dont la vulnérabilité d’une seule peut entrainer la perte de toutes. Le principal risque est là.